samedi 14 mai 2011

Ces névrosés que nous sommes

Ces névrosés que nous sommes
Victor-Lévy Beaulieu, écrivain 14 mai 2011
In Le Devoir (opinions)

Il fallait voir à la télévision l'arrivée triomphale de Ruth Ellen Brosseau dans la circonscription de Berthier-Maskinongé pour éprouver la honte que c'est souvent d'être Québécois. Tous ces maires et tous ces gens qui se précipitaient vers elle pour lui dire jusqu'à quel point ils étaient contents de son élection! À leurs dires, c'est en toute âme et conscience qu'ils avaient voté pour elle! Et vous avez eu raison, de rétorquer Ruth Ellen Brosseau: n'ai-je pas déjà fait connaître l'existence dans tout le Canada d'une circonscription du Québec qui se nomme Berthier-Maskinongé?

C'était là pure hystérie. De l'hystérie, le dictionnaire Larousse donne la définition suivante: «Névrose caractérisée par un type de personnalité pathologique (théâtralisme, besoin de séduire par exemple).» Un film, La Grande Séduction, et une série télévisée, La Petite Séduction, nous donnent de bons exemples de cette névrose: rendre le réel, quel qu'il soit, théâtral, pour que par l'hystérie on puisse oublier la névrose qui vous habite. Bien avant les élections fédérales, Clotaire Rapaille en a fait une pertinente démonstration. On l'a d'abord considéré comme un dieu à séduire, même chez la gent journalistique qui a participé avec enthousiasme à ses séances de thérapie de groupe. Quand le train Rapaille a-t-il déraillé? Ce jour-là que le gourou a affirmé que les Québécois étaient des névrosés. Aussitôt, ce fut la curée romaine par-devers sa présence à Québec: on l'a mis dans un siège éjectable et paf!, plus de Clotaire Rapaille...

...La récente élection fédérale m'a convaincu de notre névrose collective. Comment pouvons-nous confier à des gens dont on n'a jamais entendu parler le droit de nous représenter? Comment pouvons-nous confier à des gens qui, pendant toute une campagne électorale, sont restés chez eux, parfois à cinq cents milles de la circonscription qu'ils revendiquaient, et cela dans un silence total?

La défaite de Gilles Duceppe dans sa circonscription m'a littéralement jeté par terre. De tous les politiciens que le Québec a produits, combien en trouve-t-on qui ont fait preuve d'une telle intégrité, d'un tel sens du devoir, d'un tel dévouement pour leur peuple? Je n'en vois que deux autres: Camille Laurin et Jacques Parizeau. Que les électeurs de Laurier-Sainte-Marie, qu'il a servis consciencieusement pendant vingt ans, lui aient infligé pareille humiliation a de quoi nous rendre tous honteux! Dieu de tous les ciels, quelle hystérie et quelle névrose! Et comment expliquer une telle hystérie et une telle névrose?...

Ce que dit Artaud

Artaud a écrit: «Je suis au-dessous de moi-même, je le sais, j'en souffre, mais j'y consens dans la peur de ne pas mourir tout à fait.»...

... C'est tout le problème de ma pensée qui est en jeu. Il s'agit pour moi de rien moins que de savoir si j'ai ou non le droit de continuer à penser.


Ne vivons-nous pas en tant que race, peuple et nation ce qu'Artaud a su si bien décrire, cette névrose dont on ne peut sortir, a-t-il encore écrit, que par un renversement absolu de ce que nous sommes, ce qu'il a exprimé fort bellement ainsi: «Je suis un homme qui a beaucoup souffert de l'esprit, et à ce titre j'ai le droit de parler. Je sais comment ça se trafique là-dedans. J'ai accepté une fois pour toutes de me soumettre à mon infériorité.... Et cependant je ne suis pas bête. Je sais qu'il y aurait à penser plus loin que je ne pense, et peut-être autrement. J'attends, moi, seulement que change mon cerveau, que s'en ouvrent les tiroirs supérieurs.

Victor-Lévy Beaulieu, écrivain

1 commentaires:

Anonymous Anonyme a dit...

désormais il faut tenir en compte que les politiciens ne sont que des comédiens et le peuple cherche les vedettes du film...partout on les voit ces politichiens se comporter comme des "people" ...on les rencontre plus dans les magazines Voici Nous deux ou Vogue que dans les rubriques nationales des grands journaux...et leurs actions relatées et commentées sont leurs achats et leurs sorties en boîte.
il ne reste plus que le souci social local pour sauver ce monde de sa perte complète de véracité

14 mai 2011 à 22 h 43  

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